Louange à Allah
La lecture de ce qui suivit (normalement) avant
ce qui précède (normalement) du Coran est appelée « tankis » (inversion). Elle comporte plusieurs
aspects : l’inversion des lettres, l’inversion des mots, l’inversion des versets
et l’inversion des sourates.
Quant à l’inversion des lettres, elle consiste
à alterner l’ordre des lettres d’un mot de façon à mettre la dernière avant
la première. Pour le mot « rabb » par exemple
on dirait « barr ». Ceci est indiscutablement
interdit et il entraîne la nullité de la prière car il revient à changer l’ordre
dans lequel Allah a établi le Coran. En outre, il aboutit le plus souvent à
une considérable modification du sens. » Voir ash-Sharh
al-moumti’ d’Ibn Outhaymine, 3/110.
Quant à l’inversion des mots, elle consiste à
changer l’ordre de succession des mots en plaçant un mot avant un autre qui
doit le précéder, en disant par exemple : « l’Unique Allah Il dis «
au lieu de « Dis Il est Allah l’Unique ». Cette pratique est aussi
indiscutablement interdite parce qu’elle aboutit au changement de l’ordre dans
lequel Allah a établi Ses propos. Voir ash-Sharh
al-moumti, 3/110.
Quant à l’inversion des versets, elle consiste
à lire un verset avant celui qui le précède. C’est-à-dire par exemple : réciter
le verset n° 3 après avoir récité le verset n° 4 de la sourate 114. A ce propos
al-Qadi Iyad (Puisse Allah
lui accorder Sa miséricorde) a dit : « Il n’ y a aucune divergence sur
le fait que l’agencement des versets a été fixé tel qu’il est actuellement dans
le Coran par Allah le Très Haut. C’est aussi dans cet état que la Umma l’a reçu de son prophète (bénédiction et salut soient
sur lui). Extrait du commentaire d’An-nawawi, 6/62).
C’est aussi ce que dit Ibn al-Arabi selon al-Fateh, 2/257.
Cheikh Ibn Outhaymine
dit : « l’inversion des versets est aussi interdite selon l’avis le plus
plausible, car l’agencement fait l’objet d’un arrêt définitif. Ce qui signifie
que cela traduit l’ordre du Messager d’Allah (bénédiction et salut soient sur
lui). Voir ash-Sharh al-Moumti; 3/110.
Quant à l’inversion des sourates qui consiste
à lire une sourate avant celle qui la précède par exemple la sourate 3 avant
la sourate 2, son statut a fait l’objet des avis que voici :
- les ulémas qui soutiennent que l’agencement
des sourates n’a pas fait l’objet d’un arrêt définitif n’y trouvent aucun inconvénient
;
- ceux qui pensent que ledit agencement a été
définitivement arrêté et que le consensus des Compagnons est une référence en
la matière, ne l’autorisent pas.
L’avis juste est que l’agencement des sourates
n’a pas été l’objet d’un arrêté définitif car il ne repose que sur l’opinion
de certains Compagnons et qu’il n’y a pas eu de consensus au sein des Compagnons
sur la question puisque le Coran d’Abd Allah Ibn Massoud
comportait un agencement différent (de celui que nous connaissons).
La Sunna comporte des éléments qui corroborent la permission
(de changer l’ordre de succession des sourates) :
A. D’après Houdhayfa,
il a dit : « J’ai prié au cours d’une nuit avec le Prophète (bénédiction
et salut soient sur lui) et il commença la sourate de la vache et je me suis
dit : il s’arrêterait au 100e verset, mais il le dépassa et je me suis dit encore
: peut-être il va réciter toute la sourate au cours d’une rak’a.
Mais il poursuivit sa lecture et commença la sourate des femmes
et la récita puis récita celle d’Al-Imrane. »
(rapporté par Mouslim, 772). Il s’agit de retenir
que le hadith indique qu’il a récité la sourate 4 avant la sourate 3. A ce propos
an-Nawawi dit : Selon al-Qadi
Iyadh : « le hadith fournit un argument à celui
qui soutient que l’ordre de succession des sourates repose sur un simple avis
des musulmans qui ont rassemblé le Coran et qu’aucun classement n’avait été
établi par le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui). Bien au contraire,
il en laissa le soin à la Umma. » Il poursuit : «C’est l’opinion de Malick et la majorité des ulémas. C’est aussi le choix de
Qadi Abou Bakr al-Baqilani.
Ibn al-Baqilani dit : c’est l’avis le plus juste de
deux avis tous plausibles. » Il poursuit encore : « Nous disons que
le classement des sourates -tel qu’il figure actuellement- n’est pas obligatoire
ni dans l’écriture ni dans la prière ni dans l’enseignement, ni dans l’initiation
et l’apprentissage et qu’il n’est l’objet d’aucun texte ni arrêté interdisant
son non respect. C’est pourquoi le classement adopté dans les exemplaires du
Coran antérieurs à celui d’Outhmane est différente. »
Il poursuit encore : « Le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui)
et les membres de la Umma venus à travers les siècles
se sont permis de ne pas respecter l’ordre de succession des sourates dans la
prière, l’enseignement et l’initiation. » Il dit encore : « quant
aux ulémas qui soutiennent que le classement a fait l’objet d’un arrêté du Prophète
(bénédiction et salut soient sur lui) qui l’a fixé selon la disposition de l’exemplaire
d’Outhmane et que les différences constatées à cet
égard avaient eu lieu avant que les gens n’aient appris la décision portant
sur la disposition définitive, ceux-là interprètent la récitation par le Prophète
(bénédiction et salut soient sur lui) de la sourate 4 avant la sourate 3 en
disant que cela s’était passé avant l’établissement du classement définitif
des sourates, quand les deux sourates se présentaient dans l’ordre suivi par
le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) selon l’exemplaire d’Oubay.
Il dit encore : « Il n’y a aucune divergence sur le fait qu’il est permis
au prieur de réciter dans la deuxième rak’a
une sourate qui précède celle lue dans la première rak’a.
Mais cette pratique reste réprouvée dans la même rak’a
et pour celui qui récite en dehors de la prière. Cependant d’autres l’autorisent ».
Dit-il. « L’interdiction de l’inversion du Coran émise par les anciens
est interprétée en disant qu’elle s’applique à la pratique qui consiste à réciter
une sourate en allant de la fin au début. » Il dit ensuite : « Il
n’y a aucune divergence sur le fait l’ordre de succession des versets de chaque
sourate a été arrêté par Allah le Très Haut dans son état actuel qui figure
dans le Coran et tel que rapporté par la Umma de son
Prophète (bénédiction et salut soient sur lui). C’est ici que se terminent les
propos de Qadi Iyadh. Allah le sait mieux. Sharh- Mouslim, 6/61-62
As-Sindi dit : « Ses propos : « puis il commença Al-Imran »
implique le non respect du classement des sourates dans la récitation. Sharh
an-Nassaï, 3/226.
B. D’après Anas Ibn Malick
(P.A.a), un homme des Ansar
lui servait d’imam à la mosquée de Quba. L’homme avait
l’habitude dans ses prières de les commencer d’abord par la récitation de :
« Dis il est Allah l’Unique » avant de réciter une autre sourate ;
il se comportait ainsi dans chaque rak’a. Et
puis ses Compagnons lui dirent : tu commences toujours par cette sourate (112)
mais tu ne t’en contentes pas puisque tu ajoutes une autre. Eh bien, ou bien
tu t’en contentes ou bien tu choisis une autre à sa place. "... Il
leur dit : « Je ne l’abandonnerai pas ; si vous aimez que je continue de
vous diriger la prière comme je le fais, je continue. Si vous réprouvez ma manière
de diriger la prière, je vous laisse. Ils pensaient qu’il était parmi les meilleurs
d’entre eux et n’aimaient pas qu’un autre leur servît d’imam. Quand le Prophète
(bénédiction et salut soient sur lui) vint chez eux, ils l’informèrent de l’affaire.
Il dit : « ô Un tel ! Qu’est ce qui te pousse à maintenir cette sourate
dans chaque rak’a ? »
- Il dit : « C’est parce que je l’aime »
- « Ton amour pour elle te fera accéder au paradis » dit le Prophète (bénédiction
et salut soient sur lui). (rapporté par Boukhari, 2901).
Il s’agit de retenir de ce hadith que l’homme
en question persistait à réciter la sourate -112) avant celle qui la précèdent
et que le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) l’a approuvé. »
C. La pratique d’Omar (P.A.a)
L’imam al-Boukhari a dit : « Al-Ahwaf
a récité al-Kahf (18e sourate)
dans la première rak’a et Youssouf (12e
sourate) et Younous (10e sourate) dans
la seconde et a mentionné qu’Omar (P.A.a) s’était
comporté de la même façon au cours d’une prière du matin qu’ils ont effectuée
ensemble.
Chapitre sur « la réunion de deux sourates
dans une rak’a extrait du livre sur l’appel
à la prière. »
5/ S’agissant de la dernière partie de la question,
nous disons qu’il est permis de réciter les versets (50 à 60) de la sourate
2 dans la première rak’a puis de réciter les
versets (1 à 20) de la même sourate dans la deuxième rak’a, puisque le sens du texte se dégage entièrement.
Mais les versets (10 à 20) comporte une rupture dans leur sens. C’est pourquoi
il est préférable de les abandonner. Peut être avez-vous mentionné les numéros
à titre d’exemple et ne visez pas ces versets précisément. Allah le sait mieux.