Louanges à Allah
Il est bien connu que bon nombre des dispositions légales
sont établies de façon progressive pour tenir compte de la situation des gens
au moment de la révélation. C'est ainsi qu'une chose pouvait revêtir un
caractère recommandé au départ avant d'évoluer pour devenir obligatoire ou
permis ou interdit ou inversement. L'important étant le statut définitif.
Selon le Sahih d'al-Boukhari,989, Ibn Shihab az-Zouhri dit: «on retient
l'ultime pratique du Prophète (Bénédiction et salut soient sur lui).» Mouslim
(1113) a rapporté le même hadith en ces termes: «»les compagnons du Messager
d'Allah (Bénédiction et salut soient sur lui) observaient ses actes et en
retenaient l'ultime (comme référence définitive). Une autre version dit: «ils
retenaient son ultime pratique et pensaient qu'elle avait abrogé les autres et était
devenue le seule à être considérée.» Les propos de Zouhri
s'attestent dans la pratique de l'ensemble des ulémas. Aussi retient –t- on le
dernier des textes (contradictoires), compte tenu de la continuité de la
révélation et du renouvellement de bon nombre de dispositions statutaires.
Cependant la condition et le critère en la matière est de constater l'impossibilité de concilier les textes
concernés d'une manière acceptable car
si cela est possible, on le préfère à l'abandon d'un hadith au profit d'un
autre. Parmi les règles jurisprudentielles bien établies chez les ulémas figure
celle-ci: « la conciliation des textes est préférables à l'exclusion des uns au
profit des autres» et cette règle: «l'application d'un hadith est préférable
à son annulation.» L'application de tous les textes est préférable à
l'abandon de certains au profit des autres.
Al-Hafidz Ibn Radjab dit: «chaque fois
qu'il est possible de concilier les textes, cela devient une obligation et il
n'est pas permis de prétendre que les uns abrogent les autres. Ceci constitue
une règle générale.» Extrait de Fath al-Bari
d'Ibn Radjab,5/84.
Al-Hafida Ibn Hadjar dit: «la conciliation
(des textes) est préférable à l'exclusion des uns au profit des autres, à
l'avis unanime des spécialistes de la jurisprudence.» Extrait de Fath al-Bari d'Ibn Hadjar,9/474.
Quand il devient impossible de concilier deux textes
religieux de quelque manière que ce soit, on retient le dernier par ordre
chronologique et le considère comme ayant abrogé le premier. Si on ne peut pas
établir un ordre chronologique parce qu'on ne sait pas lequel précède l'autre,
on n'emploie les différents moyens qui permettent de savoir lequel des deux
textes est mieux argumenté. Cela a été étudié exhaustivement par les ulémas
dans les ouvrages traitant de la jurisprudence. Se référer pour s'en imprégner
à al-Bahr al-Mouhit
d'ach-charkachi,4/442 et à Irshad al-Fouhoul
d'ach-Chawkani,2/264
An-Nawawi dit: «quand il y a une contradiction apparente entre
deux hadiths, il faut soit les concilier ou retenir le mieux argumenté. Ce
travail ne peut être fait le plus souvent que par des imams qui réunissent la
connaissance du hadith et du droit musulman et par des jurisconsultes ayant une
parfaite maîtrise du domaine pour s'être profondément penchés sur l'étude des
sens précis et armés d'une inébranlable sûreté de soi. Celui qui possède ces
qualités ne rencontre aucune ambigüité sauf dans des
cas rares.
Ce qui fait l'objet d'une divergence comporte deux
sections: l'une consiste dans ce qui peut être concilié. La conciliation
s'impose ici car il faut appliquer les deux hadiths. Chaque fois qu'il est
possible de donner aux propos du Législateur l'interprétation la plus large et
la plus utile, il faut le faire. Il faut éviter de recourir à l'abrogation
quand il est possible de concilier les textes car abroger un hadith par un
autre revient à en annuler un. La seconde section consiste dans les textes qui
s'excluent de sorte qu'il est impossible de les concilier d'une manière
quelconque. Si nous savons que l'un abroge l'autre, nous le retenons.
Autrement, nous préférons le mieux argumenté en nous
appuyant sur l'importance du nombre de ses rapporteurs, leurs qualités et les
autres méthodes permettant de donner plus de force à l'un en face de l'autres. Ces méthodes atteignent une
cinquantaine recensées par al-Hafidh Abou Bakr al-Hazimi au début de son
ouvrage intitulé an-nasikh wal-mansoukh«» Extrait de charh
an-Nawawi ala Mouslim,1/35.
En somme, quand deux textes religieux se contredisent , il faut tout d'abord employer un des moyens
de conciliation acceptables. Si cela s'avère impossible, on retient le dernier
texte. Si on ne sait pas lequel est le dernier , on
retient le mieux argumenté.
Il faut tenir compte du fait que les approches des juristes
utilisées pour lever les contradictions entre les arguments religieux peuvent
être différentes en pratique. Certains peuvent comprendre clairement la
possibilité de concilier les textes tandis que d'autres trouvent que cette
conciliation est un peu forcée, ce qui les amène à parler d'abrogation ou de
force d'argument pour l'un des textes,
etc.
Allah le sait mieux.