Louange à Allah
Cette question fait partie des questions qui font l’objet
d’avis divers des ulémas variant entre l’interdiction absolue et l’autorisation
assortie de restrictions légales. Avant d’aborder la divergence portant sur
la question, il convient de souligner que l’objet de la divergence n’est pas
le théâtre libertin impliquant le contact direct entre des hommes et des femmes
et d’autres aspects prohibés que nous montre le petit écran. Car ce théâtre
là est jugé unanimement interdit par les ulémas.
Quant au théâtre contesté, il consiste à ce que deux
hommes ou plus accomplissent des actes devant un public pour lui apprendre
une pratique ou une vertu islamique ou le rendre conscient de la réalité et
de ce qu’il vit en fait de corruption, ou de lui montrer le passé et ses prouesses
en guise de divertissement. Ce faisant, les acteurs peuvent se déguiser.
Ce théâtre doit être soumis aux restrictions que voici
:
1. S’éloigner de la représentation des prophètes, des
Compagnons, des démons, des mécréants, des animaux, de la femme par l’homme
et vice versa et des êtres invisibles comme les anges.
2. Ne pas agir à la manière de celui qui se moque d’Allah,
de Ses versets, de Son messager ou d’une pratique religieuse quelconque, même
sous prétexte d’instruire les gens. Ceci n’est pas permis ; qu’on le fasse
sérieusement ou par plaisanterie.
3. Ne pas jouer un rôle qui implique des actes et propos
interdits comme le mensonge, la médisance, l’allongement des vêtements et
d’autres choses.
4. Eviter l’accomplissement des pratiques cultuelles
d’une manière différente de celle reconnue dans la Sunna.
Il convient d’éviter de jouer le rôle d’un pervers ou
d’un dévoyé ou de jouer le rôle d’un des imams et ulémas suivis de la Umma,
de peur que cela conduise à leur sous-estimation.
Certains ulémas contemporains interdisent absolument
le théâtre. D’autres l’autorisent sous conditions. Parmi ces derniers figure
Cheikh Muhammad ibn Salih ibn Outhaymine (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde).
Voici son avis sur la question :
« Louange à Allah, le Maître de l’univers. Il n’y
a aucun doute au sujet du caractère cultuel de l’appel à Allah le Transcendant,
le Très Haut en vertu de l’ordre donné par Allah en ces termes : « Par
la sagesse et la bonne exhortation appelle (les gens) au sentier de ton Seigneur.
Et discute avec eux de la meilleure façon. Car c' est ton Seigneur qui connaît
le mieux celui qui s' égare de son sentier et c' est lui qui connaît le mieux
ceux qui sont bien guidés. » (Coran, 16 :125 ). Celui qui appelle les
autres à Allah a conscience d’exécuter un ordre d’Allah susceptible de le
rapprocher à Lui. Il n’y a pas non plus le moindre doute sur le fait que le
meilleur moyen utilisé dans la prédication consiste dans le livre d’Allah
et la Sunna de Son Messager (bénédiction et salut soient sur lui). Car le
livre d’Allah est le plus grand sermon adressé à l’humanité : « ش
gens! Une exhortation vous est venue, de votre Seigneur, une guérison de ce
qui est dans les poitrines, un guide et une miséricorde pour les croyants. »
(Coran, 10 : 57).
Le Prophète (bénédiction
et salut soient sur lui) dit : « Les paroles les plus touchantes constituent
un sermon ». Il délivrait parfois à ses compagnons un sermon dont ceux-ci
disaient qu’il « touchait directement le cœur et faisait couler
les larmes ». Si un orateur peut produire des sermons d’une telle efficacité »,
il n’y a alors aucun doute qu’il emploie le meilleur moyen. C’est-à-dire le
livre d’Allah et la Sunna de Son Messager (bénédiction et salut soient sur
lui). S’il pense bon d’y ajouter parfois d’autres moyens qu’Allah a rendus
licites, il n’y a aucun inconvénient. Mais il ne faut pas que ces moyens impliquent
des choses interdites comme le mensonge ou le fait de jouer le rôle d’un infidèle,
par exemple, ou le rôle d’un Compagnon ou de celui de l’un des imams des musulmans
venus après les Compagnons ou des choses similaires qui font craindre la sous-estimation
de quelqu’un et (surtout) l’un de ces imams vertueux. Il ne faut pas non plus
que, dans le théâtre, un homme cherche à ressembler à une femme ou inversement.
Car, il a été rapporté de façon sûre que l’auteur d’un tel comportement est
maudit par le Messager d’Allah (bénédiction et salut soient sur lui). En effet,
celui-ci a maudit les femmes qui cherchent à ressembler aux hommes et les
hommes qui cherchent à ressembler aux femmes.
L’important est que si l’on emploie occasionnellement
ces moyens pour concrétiser (certaines idées) sans que cela implique quelque
chose d’interdit, je n’y vois aucun inconvénient. Quant au recours fréquent
à ce moyen d’expression et sa transformation en moyen dans l’appel à Allah
de façon à se détourner du livre d’Allah et de la Sunna du Messager d’Allah
(bénédiction et salut soient sur lui) et au point que la cible ne puisse plus
être atteinte par d’autres moyens, je ne l’approuve pas. Bien plus, je pense
que c’est interdit. Car le fait d’orienter les gens vers d’autres choses que
le livre et la Sunna en matière d’appel à Allah est une pratique détestable.
Mais le recours occasionnel à ce mode d’expression n’est pas mal, pourvu qu’il
n’implique rien de prohibé. » Allah le sait mieux.
Voir le livre intitulé « At-tamthil fi ad-da’wa
ila Allah » de Abd Allah Al-Hadi, 11/66-67-102.
Se référer au livre
intitulé « Houkm moumarasati al-fann fi ash-shari’a » de
Al-Ghazali.