Louange à Allah
Premièrement, il n’y a aucune contradiction
entre les données de base de la Charia issues des versets et des hadith car
tout cela constitue une révélation divine. Allah le Puissant et Majestueux a
dit : «Ne méditent- ils donc pas sur le Coran? S' il provenait d' un autre
qu' Allah, ils y trouveraient certes maintes contradictions! » (Coran,
4 : 82). La contradiction est moins dans les textes que dans notre esprit
et la compréhension que nous en avons. C’est la raison pour laquelle les ulémas
se sont attelés à l’explication des textes ambiguës et à l’élucidation de la
contradiction qui peut naître dans certains esprits à propos de certains textes.
S’agissant de la présente question,
il n’y a aucune opposition – Dieu merci – entre la parole du Prophète (bénédiction
et salut soient sur lui) « Que celui d’entre vous qui voit un mal le
change par sa main. S’il ne le peut pas qu’il le dénonce. S’il ne le peut pas
qu’il le désapprouve en son cœur car c’est la plus faible expression de la foi »
(rapporté par Mouslim, 49) et la parole du Prophète (bénédiction et salut soient
sur lui) « Ne pas s’immiscer de ce qui ne le regarde pas est une belle
manière d’exprimer son attachement à l’Islam ».(rapporté par at-Tirmidhi,
2317 et par Ibn Madja, 3976 et déclaré authentique par Ibn al-Qayyim dans al-Djawab
al-Kafi, p. 112 et d’autres.
En tous cas, il est impossible de demander à
quelqu’un de changer le mal tout en lui disant qu’il vaut mieux ne pas le faire…
Les cas concernés par le premier hadith diffèrent de ceux concernés par le second….
Ceci ressemble à ce que certains avaient
déduit de la parole du Très Haut : «Ô les croyants! Vous êtes responsables
de vous-mêmes! Celui qui s' égare ne vous nuira point si vous vous avez pris
la bonne voie» (Coran, 5 :105 ) avant l’intervention d’Abou Bakr pour leur
apprendre la bonne compréhension du verset ?C’est ce que les ulémas (Puisse
Allah leur accorder Sa miséricorde) l’ont bien expliqué.
Abou Bakr as-Sidiq avait dit : ô gens !
Vous lisez ce verset (5 :105 ) à propos duquel j’ai entendu le Messager
d’Allah (bénédiction et salut soient sur lui) dire : « Si les gens
laissent l’injuste agir librement, il s’en faut de peu pour qu’Allah leur inflige
un châtiment général » (rapporté par at-Tirmidhi, 2168 et par Abou Dawoud,
4338 et par Ibn Madja, 4005 et déclaré authentique par at-Tirmidhi et par Ibn
Hibban, 1/540.
Cheikh al-islam a dit à propos du
verset : (5 :105 ) : « ..Le cinquième consiste à commander
et à interdire de manière conforme à la loi donc fondée sur le savoir, la douceur,
la patience, la bonne intention et une démarche modérée. Tout cela s’insère
dans les phrases : « occupez-vous de vous-mêmes »et « si
vous êtes bien guidés… » Voilà cinq aspects à tirer du verset par celui
à qui est donné l’ordre de commander le bien et d’interdire le mal.
Le verset revêt aussi l’autre sens, à savoir
que l’on doit veiller à la réalisation de ses propres intérêts en matière d’acquisition
du savoir et de sa pratique et se détourne de ce qui ne le regarde pas conformément
aux propos du Législateur : « Ne
pas s’immiscer de ce qui ne le regarde pas est une belle manière d’exprimer
son attachement à l’Islam ».Ceci est d’autant plus pertinent qu’on assiste à la
propagation de l’indiscrétion qui incite l’individu à s’occuper de choses inutiles
aussi bien ici-bas que dans l’Au-delà. C’est surtout vrai quand on parle par
jalousie et par désir du pouvoir » Majmou al-fatawa, 14/482 ».
Il dit encore (Puisse Allah lui accorder Sa
miséricorde) : « Le croyant doit se comporter à l’égard des autres
à la lumière de la crainte d’Allah (en sachant) qu’il n’est pas chargé de les
guider. C’est le sens de la parole du Très Haut : «Ô
les croyants! Vous êtes responsables de vous-mêmes! Celui qui s' égare ne vous
nuira point si vous vous avez pris la bonne voie » (Coran,5 :105 ). Pour être bien guidé,
il faut observer ses obligations. Si le musulman accomplit son devoir d’ordonner
le bien et d’interdire le mal comme les autres devoirs, l’égarement des autres
ne lui nuirait pas. L’accomplissement des devoirs requiert l’usage du cœur,
de la langue et de la main. L’usage du cœur (la désapprobation) est nécessaire
dans tous les cas puisqu’il n’entraîne aucun préjudice. Celui qui l’abandonne
n’est plus croyant en vertu de la parole du Prophète (bénédiction et salut soient
sur lui) : « C’est la plus faible expression de la foi ». Madjmou al-fatawa, 28/126-128.
Aussi sait-on que le
combat contre le mal regarde bien le musulman car c’est un devoir qu’il doit
accomplir dans la mesure du possible et compte tenu de l’intérêt religieux.
Ce qui ne le regarde pas ne saurait pas faire partie des choses obligatoires
ou recommandées.
Voici les propos des ulémas relatifs à l’expression
du hadith : « Ne pas s’immiscer de ce qui ne le regarde pas est une
belle manière d’exprimer son attachement à l’Islam ».
A.
Cheikh al-islam Ibn Taymiyya a dit : « Il est ordonné au musulman
de dire le bien ou de se taire. S’il ne se conforme pas à l’ordre qui lui est
donné de se taire et se livre à des propos qui ne sont pas bons, il agit à son
détriment. Son comportement est détestable et il diminue sa valeur. C’est pourquoi
le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) dit : « Ne pas s’immiscer de ce qui ne le regarde pas est une belle manière d’exprimer
son attachement à l’Islam ». Si le musulman
se livre à des choses qui ne le regarde pas, il fait preuve d’une pratique défectueuse
de l’Islam ». Madjmou al-Fatawa,
7/49-50.
B.
Ibn al-Qayyim (Puisse Allah lui accorder Sa miséricorde) a dit :
« Le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) a résumé le parfait
scrupule en un seul mot quand il a dit : « Ne pas s’immiscer de ce qui ne le regarde pas
est une belle manière d’exprimer son attachement à l’Islam ». Cette phrase
englobe l’abandon de ce qui ne nous regarde pas en matière de paroles, de regard,
de jouissance, de frappe, de déplacements, de pensées et de tous les mouvements
extérieurs et intérieurs… Aussi ces propos sont-ils suffisants et aptes à remédier
(à toute lacune) dans la pratique du scrupule.
C.
Ibrahim ibn al-Adham a dit : « Le scrupule consiste à abandonner
tout ce qui est douteux, tout ce qui ne te regarde pas, tout ce qui est superflu ».
Dans At-Tirmidhi, on trouve
un hadith hautement attribué au Prophète (bénédiction et salut soient sur lui)
selon lequel celui-ci dit : « ô Abou Hourayra, sois scrupuleux, car
tu seras alors le plus ardent de tous dans la pratique du culte ». Madaridj
as-Salikine, 2/21.
D.
Ibn Radjab al-Hanbali a dit : « Il (le scrupule) consiste à
abandonner les choses douteuses, les choses réprouvées, les choses licites mais
superflues puisque l’on n’en a pas besoin. Tout cela ne regarde pas le musulman
qui sait faire preuve d’une parfaite pratique de l’Islam pour avoir atteint
le degré de la bienfaisance.. Le plus souvent on entend par « abandonner
ce qui ne nous regarde pas » préserver la langue de tous propos futiles .
Djawami al-uloum wa al-hikam, 1/309-311.
E.
Az-Zarqani a dit : « certains ont dit : « parmi ce
qui ne nous regarde pas figure l’apprentissage de connaissances peu intéressantes
au lieu de se consacrer à ce qui est plus important . C’est le cas de celui
qui abandonne l’apprentissage du savoir qui lui permet de se redresser et s’adonne
à l’apprentissage de ce qui ne lui permet de redresser autrui et dit en guise
d’excuse : « mon intention est d’être utile aux gens ». S’il
était sincère, il commencerait par se redresser et débarrasser son cœur des
mauvaises qualités que sont la jalousie, l’hypocrisie, l’orgueil, la vanité,
la domination et le dépassement des émules entre autres qualités ruineuses.
Ibn bd-al-Barr a dit : « Ce hadith
est concis mais riche en signification. C’est un discours que nul n’avait tenu
avant lui (le Prophète) : Voir Charh az-Zarqani, 4/317.
F.
Al-Moubarakfouni a dit : « Al-Qari a dit pour expliquer le
sens de l’abandon de ce qui ne nous regarde pas : c’est-à-dire ce qui n’est
pas intéressant comme les propos, les actes, les regards et les pensées impertinents..
Il dit : ce qui ne nous regarde pas vraiment, c’est ce dont on n’a pas
besoin dans sa vie religieuse et profane. Ce qui ne permet pas de satisfaire
Son Maître, ce dont on peut se passer, ce que l’on peut parfaitement remplacer
par un autre… cela comprend les propos et actes superflus ». Touhfat al-Ahwazi, 6/500.
Deuxièmement, quant à ce que vous devez
combattre, c’est toute chose que la loi religieuse juge mauvaise et prédit une
mauvaise fin à celui qui s’y livre. C’est comme la fornication, l’usure, le
regard interdit, l’écoute interdite, le rasage de la barbe, le prolongement
excessif des vêtements, la rupture des liens de parenté, l’innovation en matière
religieuse et pratiques semblables…
Il n’est pas nécessaire d’exercer une autorité
publique pour pouvoir réformer à l’aide de la main. Vous n’avez pas besoin non
plus d’être un savant pour réformer à l’aide de la langue. Il suffit que vous
soyez en mesure de réformer sans provoquer un mal plus grave que celui que vous
combattez. Il suffit que vous sachiez que vous êtes en face d’une chose que
la loi religieuse considère comme un mal à dénoncer.Quant au changement par
le cœur, il consiste à détester le mal et à quitter le lieu où il est perpétré.
Troisièmement, quant à votre affirmation selon
laquelle vous constatez des choses répréhensibles et voulez savoir s’il faut
vous opposer à leurs auteurs ou saisir les autorités compétentes … La réponse
est que tout dépend de la gravité de la chose à empêcher et de l’état de son
auteur. Si vous voyez un homme perpétrer un acte auquel il faut mettre fin tout
de suite, vous devez vous y opposer avant qu’il ne soit trop tard. Si l’acte
est très grave et si vous ne pouvez pas à vous seul le prévenir, vous devez
saisir les autorités compétentes.
L’important c’est de combattre le mal. Peu importe
que vous le faissiez vous-mêmes ou un autre. Si vous ne pouvez pas le faire
à l’aide de vos mains, dénoncez-le. Ne vous souciez pas de la réaction de vos
interlocuteurs, notamment leur opposition. Votre devoir se limite à transmettre
(le message de l’Islam). Allah peut bien jeter dans le cœur d’un interlocuteur
grâce à un mot de votre part une inspiration de nature à le guider. Satan peut
bien vous embellir l’abandon de la dénonciation (du mal) en vous faisant croire
que les interlocuteurs ne vous écouteront pas. Méfiez-vous-en. Allah le sait
mieux.